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mardi 9 février 2010

Editorial la régionalisation le grand défi

En procédant à l'installation de la Commission consultative de la régionalisation, S.M. le Roi MohammedVI avait déclaré : «C'est un moment fort et solennel. Nous considérons qu'il marque le lancement d'un chantier structurant, dont Nous voulons qu'il constitue un tournant majeur dans les modes de gouvernance territoriale. Nous entendons également en faire un prélude à une nouvelle dynamique de réforme institutionnelle profonde. De ce fait, la régionalisation élargie escomptée n'est pas un simple aménagement technique ou administratif.

Elle traduit, plutôt, une option résolue pour la rénovation et la modernisation des structures de l'Etat, et pour la consolidation du développement intégré. Aussi, avons-Nous décidé d'associer toutes les forces vives de la nation à l'effort de conception générale de ce projet». Plusieurs partis politiques se sont réunis cette semaine pour réfléchir et apporter leur contribution : le comité national du FFD, qui considère ce projet de rég ionalisation avancée comme un tournant majeur dans la gestion de la chose locale, l'Organisation de la Jeunesse et l'avenir et la jeunesse du PJD qui estime que le projet de régionalisation est fondé sur un nouveau concept de gouvernance territoriale qui entre dans le cadre des principes de solidarité entre les régions et de l'unité du pays. Le PPS, pour sa part, publie sous forme de mémorandum sa vision sur la réforme du système régional.

Les responsables politiques ont, de manière générale, apporté leur contribution à travers différents séminaires. On retiendra notamment celui animé par Mohamed Lyazghi devant l'Association des élèves de Sciences Po de Paris. Que dit-il ? La régionalisation est un grand projet lié à la démocratie. C'est une idée éminemment démocratique en prenant l'exemple de l'Espagne et du Portugal. Jamais on n'aurait pu concevoir un tel projet sous les régimes franquiste ou de salazariste.

La régionalisation n'est pas une idée nouvelle au Maroc puisqu'au temps de Lalla Kenza, le Maroc avait 12 régions très fortes. Avec la colonisation, s'étaient constituées des régions militaires, car il fallait pacifier le Maroc. Instituée en 1971 comme simple circonscription territoriale de planification économique et d'aménagement du territoire, la région a été élevée au rang de collectivité locale au terme de l'article 94 de la Constitution révisée de 1992 et c'est le Dahir du 2 avril 1997 qui en fixe l'organisation, introduisant ainsi un saut qualitatif dans le statut et la place de la région dans le dispositif institutionnel de l'action publique au Maroc : cette expérience qui porte sur 13 ans présente nombre de déficits et dysfonctionnements et appelle une réflexion sur le découpage (16 régions, c'est trop car se posent les problèmes de complémentarité et d'homogénéité!), sur la faiblesse des structures, sur le saupoudrage des moyens, sur le rôle des structures, du wali et du président du conseil. Il faut, dit Lyazg hi, des élections directes. Le saut qualitatif indique un changement de perspective car la régionalisation n'est pas seulement un échelon de la décentralisation, mais elle produit de nouveaux mécanismes de gouvernance.

La région exerce des compétences propres, des compétences transférées par l'Etat et des compétences consultatives. Avec la réalisation de projets structurants sur l'équilibre régional, le projet de Tanger-Med étant l'illustration la plus forte, la région va jouer également un rôle actif en tant qu'espace se transformant parfois en pôle de croissance moteur. Il s''agit là d'un renversement par rapport à la conception classique du développement qui fait de l'Etat l'acteur central.

Ainsi conçue, la région deviendrait une véritable instance de décision contribuant à l'approfondissement des processus de décentralisation et de démocratisation du pays. Un pas supplémentaire serait franchi dans le sens du renforcement des pratiques démocratiques qui permettrait aux différents acteurs économiques, sociaux, politiques et aux autres composantes de la société civile d'investir la région comme un nouvel espace de réflexion, de dialogue et d'action. Or la régionalisation, c'est des nouvelles procédures, des nouvelles façons de travailler, des nouveaux mécanismes de coordination, des changements dans le fonctionnement de l'Etat avec les régions comme en témoigne la mise en œuvre d'une politique contractuelle.

Ce projet de régionalisation est un grand défi que le Maroc doit gagner, car il implique la démocratisation de l'Afrique du Nord. L'Algérie et la Tunisie seront obligées de suivre. Le contexte de la mondialisation a fait bouger les choses. Les régions doivent promouvoir une mondialisation durable, elles doivent être des acteurs capables de s'organiser et de tirer le meilleur du contexte globalisé de développement et du contexte d'universalité des enjeux sociaux et environnementaux. Face à cette complexité cro issante du monde, les régions pourront, grâce à une coopération interrégionale, devenir des acteurs du développement.
source: Le Matin

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